Une page dédiée aux multiples expertises liées au projet

Préambule : Face à la réduction des crédits publics attribués aux organismes de recherche il faut trouver d'autres sources de financement et développer les collaborations avec le milieu industriel. Jusqu'ici tout va bien. Imaginons que vous faites partie d'un organisme de recherche et qu'un industriel vous confie une étude sur ... la toxicité d'un rejet (par exemple :-) ) et que c'est lui qui finance cette étude. C'est à lui que vous rendez le rapport d'expertise. Si vos conclusions sont : le rejet est toxique pour le milieu et va déstabiliser l'ecosystème. A votre avis comment va réagir l'industriel. Il y a fort à parier qu'il vous demandera de reformuler vos conclusions et ce jusqu'à qu'elles soient acceptables... Vous n'y croyez pas ? C'est pourtant une pratique courante. Cela dit nous n'accusons aucunement ici les experts ayant travaillé sur le projet Goro Nickel d'avoir modifié leurs conclusions. Nous ne concluons  pas non plus que Goro Nickel a fait pression sur les experts...

Toutefois notons certains faits étranges :

Expertise sur le "Plan de sauvegarde de la Biodiversité terrestre de Goro-Nickel"

2 présentations des résultats ont été faites : Une au congrès de la Nouvelle-Calédonie pour le comité de suivi environnemental. Une seconde à L'IRD pour le public. Il semble bien que la seconde ait été largement édulcorée par rapport à la première qui ressemblait à un réquisitoire en règle sur ce plan minimaliste ...

 

Contre-expertise sur l'impact du rejet en mer :

 Goro Nickel prévoit un rejet en mer de l'ordre de 1700m3/h dans le lagon calédonien. Face à l'opposition farouche de militants une expertise a été demandée...

Cahier des charges de la contre expertise (extraits) :
Rendre un avis, en l’état actuel des connaissances scientifiques et du milieu, sur :
-la matérialisation du panache
-la toxicité des métaux de l’effluent et la bioaccumulation dans le milieu marin
-les risques pour la santé humaine

Rendre un avis global sur l’impact de l’effluent

Cette contre-expertise portait uniquement sur la toxicité des métaux dans le rejet.

Lors d'une présentation l'expert rappelle : 
"Un rejet 0, si on parle du problème du manganèse, n’a pas de justification rationnelle.
Cette conclusion est contraire au cas d’autres contaminants organiques ou synthétiques (DDT), pour lequel un rejet 0 serait justifiable."

Une association de protection de l'environnement a demandé lors de la dernière enquête publique ce qu'il en était du rejet en mer des composés organiques et solvants.

La réponse de Goro Nickel : "Les composés organiques sont à l'état de traces"
Des traces, ce n'est donc pas "0"... comme il serait justifiable
Petit calcul : à 1700m3/h de rejet en mer, les traces cela fait combien de kg par an ?
Soyons optimiste, disons que le rejet contient seulement 1/1 000 000 (1 ppm) de composés organiques.
Et bien à 1700m3/h, 24h par jour et 365 j/an cela fera plus de  14000 kg/an :
14 tonnes de composés dont il faut savoir que certains sont classés comme :

"Très toxique pour les organismes aquatiques, pouvant entrainer des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique."

 

Lors d'une réunion du comité de suivi environnemental, il a été demandé une expertise sur le problème des solvants et composés organiques. La réponse du Président de la Province Sud a été : "Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de procéder à une expertise sur ce point..." Rappelons qu'il est un décideur politique, pas un expert des risques et pollutions. Fin de non recevoir ? ... A notre humble avis cette expertise aurait du avoir lieu...

Simulation du rejet en mer...

La dispersion des métaux toxiques du rejet en mer a été simulée à l'aide de divers logiciels. Les conclusions sont les suivantes : A 20m du diffuseur la composition du rejet est proche du milieu ambiant. Il s'agit là d'une "bataille d'experts" sur laquelle nous ne nous étendrons pas...

Rappelons premièrement que cette étude n'a jamais été menée sur les produits organiques mais uniquement sur les métaux. Forcément ce n'est pas dans le cahier des charges, allez savoir pourquoi...

Pour bien comprendre les données de base il faut savoir que les métaux sont présents dans le milieu ou Goro Nickel se propose de rejeter l'effluent. Les solvants n'y sont pas. Ainsi dire qu'à 20m le rejet est proche du milieu est sans doute vrai pour les métaux mais pas pour les solvants... C'est bien cette alerte que M. Massabuau met en exergue dans sa présentation (voir plus haut). La dispersion des solvants serait bien différente...  A 20 m, leur présence serait encore infiniment supérieure à celle du milieu récepteur... 

 


Anecdote sur le rapport d'expertise. Désolé cela devient un peu technique mais efforçons nous d'exposer clairement le propos. 

 

Le cahier des charges demandait aux experts de :

Rendre un avis, en l’état actuel des connaissances scientifiques et du milieu, sur:
-la matérialisation du panache...

 

Le schéma ci-dessous représente la dilution prévue du Manganèse à une concentration initiale de 100 mg/L sous un courant de 0,15m/s. Il a été présenté lors de la séance publique de présentation des résultats à l'IRD

 

 

 

 

 

 

 

En gros plus c'est vert, plus c'est dilué. Somme toute très logique.

Très simplement et vu de dessus cela pourrait ressembler au schéma suivant :







Mais maintenant rappelons nous que les "diffuseurs" sont au nombre de 200 espacés de 5 mètres. Imaginons donc à quoi cela cela représente sur quelques points :

 









 

 

 

 

Eh oui, le problème est là : Les experts ont étudié un point de rejet, pas la matérialisation du panache comme indiqué dans le cahier des charges. Ils n'ont absolument pas tenu compte de l'accumulation des rejets de produits toxiques sur les zones de recouvrement.  Nous vous laissons imaginer ce qui se passe sur 200 points répartis sur 1 km. Bien sûr il ne s'agit là que du rejet de manganèse, pas de celui des solvants organiques... (voir plus haut)

Espérons que nous ayons été assez clair lors de cette démonstration sans faire appel aux "experts..."